354 plans sociaux, 220 000 emplois menacés, mais un silence assourdissant

Des sites stratégiques qui ferment à la pelle, alors même que la guerre commerciale est déclarée. 354 plans sociaux en cours en France, et 220 000 emplois menacés. Mais, face à cette hécatombe, un silence assourdissant…

« Il va y avoir de la misère sociale. Il va y avoir des familles qui vont se retrouver dans une merde noire. Un géant du verre qui sacrifie une fois de plus l’humain sur l’autel de la rentabilité… » Stéphane Leroy, délégué CGT du site de Vayres (Gironde), en a gros sur le cœur. Son entreprise, le verrier O-I, pour Owens-Illionois, 2 200 employés en France, vient d’annoncer 316 emplois supprimés au début du mois, dont 81 licenciements sur son site de Vayres. C’est le site de Vergèze (Gard) qui est le plus touché : fermeture complète de l’usine et « 164 salariés jetés à la rue ». Un des… 345 plans sociaux en cours dans le pays. Les ouvriers fabriquaient des bouteilles en verre, site on ne peut plus stratégique face à la crise climatique.

Ces décisions « sont le fruit d’une stratégie purement financière, sans aucune considération pour les salariés ni pour l’avenir de l’industrie verrière en France », selon Stéphane Leroy. Pour justifier ces suppressions de postes, le géant américain prétexte, on ne s’en étonne même plus, la concurrence. Mais oublie de mentionner les droits de douane annoncés par Donald Trump, même si Stéphane Leroy les a bien en tête : « Ça va avoir une répercussion supplémentaire, c’est obligé. » Et si la couverture médiatique de la guerre commerciale lancée par Trump est énorme, le passage sous silence du tsunami social sur l’emploi en France (lire ici notre article sur Vencorex), depuis la séquence de mobilisation en décembre dans l’industrie (lire notre reportage « les raisons de la colère »), l’est plus encore.

Plans sociaux, saignée de l’emploi : tant qu’il y aura des dividendes…

Damien Dubard, ouvrier à Saint-Etienne, nous le martelait pourtant, récemment : « C’est pourtant la priorité absolue : l’emploi. Et ça, la Marine Le Pen l’a bien compris. Elle a trouvé le talon d’achille aujourd’hui en France, c’est l’emploi. La Marine Le Pen défend l’emploi, enfin soi-disant hein. Nous quand l’usine devait fermer, l’extrême droite voulait nous soutenir, une partie de la gauche n’était pas là. Et chez mes collègues à l’usine, ça paye. Faut que la gauche se batte sur l’emploi. » La situation économique du pays figure, avec la santé et le pouvoir d’achat, sur le podium des préoccupations des Français selon le Conseil Économique Social et Environnemental. Loin, très loin devant l’immigration, en dixième position. De polémiques en polémiques, la bulle politico-médiatique, avec les médias Bolloré en chefs d’orchestre, font diversion.

Pendant ce temps-là, la France a perdu 100 000 emplois au dernier trimestre 2024, selon l’Insee. Et 2025 ne s’annonce pas moins sanglante : 354 plans sociaux et 220 000 emplois seraient menacés selon une remontée d’informations des adhérents de la CGT, rendue publique par Sophie Binet le 2 avril. La banque de France, l’Insee et l’OFCE s’attendent à une hausse du chômage. Mais qu’on se rassure : les profits des actionnaires battent quant à eux de nouveaux records historiques, avec 98,2 milliards d’euros de dividendes distribués en 2024. Peu importe les plans sociaux, les délocalisations, peu importe la guerre commerciale et le besoin de relocalisations stratégiques, peu importe la crise climatique, peu importe qu’une région comme la Picardie ait perdu 80 000 emplois industriels en trente ans : la saignée peut continuer, en silence, tant que les dividendes continuent à tomber.